
Huit Jours au Val-Fourré
L'invité
Par le Père Michel Groiselle

Pour la Semaine Missionnaire Mondiale, je me retrouve au Val Fourré, à Mantes-la-Jolie. Dans cette paroisse, où il y a plus de 65 nations différentes, qui vivent côte à côte mais qui souvent ne se connaissent pas, nous sommes une équipe de 9 missionnaires, hommes et femmes. Les chrétiens sont groupés en plusieurs communautés : africaine, espagnole, française, portugaise, sud-est asiatique, tamoul.
Notre but : mettre d'abord les chrétiens ensemble, leur permettre de s'exprimer, de se parler, mais aussi d'écouter ce que nous avons vécu ailleurs. Nous aurons ainsi 32 réunions de quartier. Des réunions très vivantes. Chacun commence par se présenter. Les missionnaires se présentent les derniers et disent de quel pays ils viennent. Comme je venais du Rwanda, cela fait surgir très vite des questions : Comment l'Église vit-elle là bas dans la tourmente des événements ? Des questions aussi sur ce qu'ont écrit les journaux. Comme j'avais vécu ces événements, je peux donner un autre éclairage que les média, sur ce qu'ont vécu les chrétiens.
À la suite de ces échanges, c'est à notre tour de leur poser des questions : "Et vous, qu'est-ce que vous vivez ici dans votre Église ? Comment votre Église voit-elle les problèmes que, nous, nous avons vécus dans un autre pays ? Les gens s'expriment : non, ce n'est pas facile au Val Fourré d'accepter l'autre avec sa différence. La différence de l'autre fait peur, parce qu'on ne le connaît pas. Certains disent que, même dans l'Église, ils ne se sont pas sentis accueillis. C'est une occasion pour moi de leur dire comment j'ai été accueilli au Rwanda où j'étais "l'autre", comment là-bas les gens sont soucieux d'accueillir la personne. Eux aussi, au Val Fourré, pourraient accueillir l'autre en se disant : "Tiens ! Voilà une personne que je ne connais pas encore", au lieu de dire :"Voilà un étranger qui vient chez nous !"

Notre but : rassembler d'abord les chrétiens, qu'ils parlent entre eux…
Pendant ces journées, il y a parfois des interactions entre les groupes. C'est ainsi qu'une petite fille, en rentrant d'une rencontre de catéchèse, dit à sa mère : "Maman, moi je suis missionnaire, mais toi, je ne sais pas si tu es vraiment missionnaire…" C'est la maman qui nous raconte cela car, du coup, elle est venue le soir à la réunion !
Les rencontres avec les jeunes sont animées : les 12-15 ans, puis les 16-28 ans. Avec eux, on se met en trois groupes : Les Chrétiens et la violence. Les Chrétiens et les autres religions. Comment vivre notre foi ? Avec la Sœur indienne, je suis dans le groupe sur la violence.
Ils expliquent la violence à l'école, le vol des blousons, et même l'attaque des professeurs. Ils disent que des gens ne veulent pas aller à la messe au Val Fourré ou à des réunions le soir, parce qu'ils ont peur pour leurs voitures. De fait, pendant une de nos réunions, le samedi soir, une voiture a brûlé à 5 mètres de la mienne ! Nous n'avons pas su la raison, mais quand les pompiers sont arrivés, ils ont été reçus à coup de pierres !.
Après tous ces exemples, on discute ferme : comment faire pour démonter le mécanisme de la violence. Il faut casser l'escalade et la fatalité de la violence, à cause de notre foi, parce qu'on est chrétiens.

Pour l'offertoire de la messe, une foule " de toute race, langue, peuple et nation… " (Apoc.5,9)
Étonnant de voir que ces jeunes ne connaissent pas Gandhi; mais intéressant de constater qu'ils sont curieux de ce qui est vécu dans d'autres pays. Pour eux, c'est le présent et l'avenir qui comptent.
N'est-ce pas vrai pour l'Église d'aujourd'hui et pour sa mission, ici comme là-bas ?