TASSY Fête son CENTENAIRE

Notre Confrère, le Père Joseph Korner


Ce 5 Août 2006

Introduction et homélie de Jean Fisset

Notre grand frère, Père Joseph KORNER, arrive aujourd'hui à 100 ans d'âge ! Joyeux anniversaire, cher Joseph !

Grande joie pour Joseph ! Grande joie pour sa famille à qui nous souhaitons la bienvenue pour cette fête !

Grande joie pour la Communauté de Tassy qui nous accueille ce jour et que je suis heureux de rencontrer : Joseph fait partie de cette belle communauté depuis plus de 30 ans !

Grande joie aussi pour le personnel de la Maison de Retraite qui a été et est toujours proche de Joseph et attentif à lui aux " multi " services du quotidien !

Tous, membres de la famille, personnel et confrères de la Communauté, nous allons maintenant exprimer avec Joseph, et en son nom, la joie qui habite nos cœurs !

Nous allons dire au Seigneur notre action de grâce pour toute la vie missionnaire de Père Joseph ! Merci à Dieu pour tout ce que Joseph a vécu, pour sa vie de témoin, Merci à Dieu pour tous ceux qui l'ont accompagné et l'accompagnent aujourd'hui - André spécialement ! Merci à Dieu pour tous ceux qui ont travaillé avec lui ! Grâces soient rendues à Dieu pour toutes les communautés chrétiennes du Sahara et de l'Algérie, pour toutes les rencontres et dialogues que Joseph a eu avec les croyants de l'Islam !

Joseph Korner

Joseph, permets-moi aujourd'hui cette familiarité fraternelle, toi dont j'ai suivi les traces au Sahara, à 16 ans d'intervalle, et que je n'ai jamais connu que sous le nom du Père Korner.

Tu n'as pas encore atteint l'âge que la Bible attribue aux anciens patriarches, mais il est un personnage, aux premières pages de l'Evangile de Luc, que la tradition présente comme un homme avancé en âge et avec lequel tu sembles bien avoir quelques traits communs en cet anniversaire. Je veux parler du vieillard Syméon.

Il avait reçu une promesse et il estime qu'elle est réalisée quand il prend dans ses bras l'enfant nouveau né présenté au Temple par Marie et Joseph. " Maintenant, O Maître, tu peux laisser partir en paix ton serviteur, car mes yeux ont vu ton salut préparé pour tous les peuples".
Le " bien-aimé Seigneur et Maître " que tu as si souvent présenté toi-même à son Père dans le sacrifice eucharistique n'a-t-il pas comblé également ton désir ?

A propos de cette scène de la Présentation un Père de l'Eglise a fait ce commentaire : " Le vieillard portait l'enfant, mais c'est l'enfant qui guidait le vieillard ".
Toi aussi, tu as porté le Christ et c'est lui qui t'a guidé jusqu'à ce jour, notamment dans ton long parcours missionnaire.

Le Seigneur t'a un jour appelé, d'abord à l'existence, il y a un siècle de cela à Tarare dans le Beaujolais au sein d'une famille nombreuse qui te donna 5 frères et sœurs. Cela signifie que, de toute éternité, Dieu t'a personnellement aimé et voulu pour que tu prennes ta place dans notre histoire. Et c'est déjà une immense raison d'action de grâce que cette " grâce d'exister ". Nous pouvons donc supposer, qu'à travers ta famille et l'éducation chrétienne que tes parents t'ont assurée, le Seigneur t'a donné plusieurs signes de sa présence auprès de toi sur la route, puisqu'un jour tu as entendu son appel: " Viens et suis-moi ".

Cet appel s'est progressivement précisé. C'est vers l'Afrique qu'il a orienté tes pensées, et je crois plus particulièrement à la rencontre de l'islam. Les Pères Blancs t'accueillirent en 1927, date de ton noviciat. Ton ordination sacerdotale à Carthage en 1932, te le confirma, c'est au Sahara, sur les pas du Père de Foucauld, que tu fus envoyé. Deux années d'étude de la langue arabe et de la culture islamique à l'IBLA de Tunis en furent le prélude selon les orientations pertinentes de notre fondateur.

Le diocèse du Sahara, (qui n'était encore à l'époque qu'un préfecture apostolique), tu l'as connu du Nord au Sud et d'Est en Ouest. De Géryville à El Goléa, de Biskra à Colomb -Béchar, en passant par Ghardaïa et la fondation du poste d'El Oued. Il convient de mentionner entre temps la période de la guerre où tu fus aumônier militaire dans l'armée de l'air. Enfin tu fus appelé à Alger (El Biar), à la procure du diocèse, auprès de Mgr Mercier dont tu fus le collaborateur direct.

En 1972 un premier retour en France pour raison de santé s'imposa. Puis, encore un bref séjour en Algérie et ce sera la rentrée définitive en France en 1975. Finalement tu sollicitas toi-même de pouvoir résider dans le calme et le recueillement de cette maison de retraite. Tu y as retrouvé plusieurs anciens du Sahara dont ton évêque, Mgr Mercier qui a tant marqué par son dynamisme, sa perspicacité apostolique et son rayonnement spirituel le territoire qui est devenu, aujourd'hui, avec un " jeune ancien " pour successeur, le diocèse de Ghardaïa.

Je t'ai connu à partir de 1948, c'était l'époque des Pères David, le vétéran de Ghardaïa, Jacquet à Ouargla, Py à Laghouat, Lethielleux à Djelfa, de Villaret à Géryville, Alliaume à Touggourt, Beckart à Aïn Safra, le Frère René Husson le méhariste, pour ne citer que quelques noms qui réveillent sans doute des souvenirs dans ton esprit.

J'ai gardé de toi le souvenir d'un confrère enthousiaste, plein d'allant, joyeux musicien et qui se plaisait à chanter. Il semble bien que ce soit devenu contagieux depuis dans la famille.
Ton charisme était tout indiqué, l'animation des jeunes. Tu fus un des pionniers du scoutisme au Sahara, à l'initiative de la mission catholique, pour la formation de la jeunesse algérienne, Tu fus successivement, voire en même temps, aumônier, chef et formateur de cadres. Pas étonnant alors que tu aies gardé un contact facile et apprécié par la suite, lorsque tu fus chargé de paroisses. En tout cas, j'ai encore été témoin de l'enthousiasme juvénile qui est resté longtemps un trait marquant de ton caractère.

Les populations sahariennes en particulier ont la cordialité à fleur de peau. Un rien les touche et suscite l'amitié. La tradition d'hospitalité et de générosité qui les caractérise contribue beaucoup à créer le dialogue des cœurs, de l'amitié. " L'âme du dialogue, disait précisément le Cardinal Duval, c'est l'amitié. Rien ne peut se faire dans le monde sans l'intervention du cœur. "

Je crois que nombre de ceux et celles qui t'ont rencontré ont été sensibles à tes qualités de cœur, à ta foi joyeuse, au réconfort et à l'espérance qu'elle leur a fait partager. Je pense en particulier à ces nombreuses invitations dans les familles algériennes, toujours disposées à t'accueillir, heureuses de partager avec toi " le pain et le sel " comme on dit en arabe et auxquelles tu as offert toi-même " l'hospitalité du cœur " (Massignon), à l'exemple de Jésus reçu chez Marthe et Marie. Si le dialogue ne pouvait atteindre la même profondeur, il était vécu dans la foi et la confiance et fournissait toujours l'occasion de quelque parole de Vie. Deux courtes phrases de Jésus, me semble-t-il, en expriment la signification spirituelle :

La première : " Qui vous accueille m'accueille ". L'Eglise missionnaire offre à ceux qui ne le connaissent pas la possibilité de le rencontrer, aujourd'hui encore, dans la transparence de nos propres vies.
La seconde : " Qui aura donné ne serait-ce qu'un verre d'eau à l'un de mes disciples ne restera pas sans récompense ". Lui seul sait de quelle récompense il a gratifié leurs largesses, et souvent celle des plus pauvres.

Pierre Claverie, l'évêque d'Oran, a fort bien exprimé le rôle du témoin de l'Evangile dans un article intitulé " Ne pas retenir sa vie ". Après avoir évoqué le martyre sanglant de ses frères et sœurs d'Algérie, qu'il allait lui-même connaître peu de temps après, il explique ce que don Elder Camara appelle le martyre blanc : " Le martyre blanc c'est ce qu'on essaie de vivre tous les jours, c'est-à-dire ce don de sa vie goutte à goutte dans un regard, une présence, un sourire, une attention, un service, un travail, dans toutes sortes de choses, qui font qu'un peu de la vie qui nous habite est partagée, donnée, livrée. C'est là que l'abandon - et il aurait pu ajouter : le poids des infirmités - tiennent lieu de martyre, tiennent lieu d'immolation " pour l'amour du Seigneur et des frères.

Ne pas retenir sa vie, c'est ce que tu as fait et que tu continues de faire dans le droit fil de l'Evangile.
En revoyant ton existence sur cette toile de fond, nous nous réjouissons et nous rendons grâce avec toi pour le don que Dieu a fait de ta personne, et que tu as largement ratifié toi-même, à l'Eglise, à notre famille missionnaire et à l'Algérie.

" Tressaillons de joie, oui, tressaillons de joie, car ton nom est inscrit pour toujours dans les cieux, Tressaillons de joie, car ton nom est inscrit dans le cœur de Dieu ".
Et nous pouvons même le chanter ensemble, comme tu aimais le faire.

Jean Fisset, Tassy, le 5 août 2006