01/06/2008 20:30
Des chrétiens sunissent à dautres pour une culture de paixDurant trois jours, le 3e Salon international des initiatives de paix sest tenu à Paris. Ensemble, associations chrétiennes et laïques ont promu une culture de la paix et de la non-violence
Il est des engagements qui font taire les combats de chapelle. Laction pour la paix et la non-violence en fait partie. Depuis des années, et tout particulièrement depuis le lancement, en 2000, de la Coordination française pour la décennie, les associations chrétiennes et laïques ont appris à unir leurs forces dans ce domaine. Le 3e Salon international des initiatives de paix, qui sest tenu du samedi 31 mai au dimanche 1er juin à Paris, a témoigné de cette synergie : près de 200 associations, de tous horizons, sont venues présenter leur action.
« Dans la coordination française de la décennie, nous comptons environ un tiers dorganisations chrétiennes, mais la coordination elle-même est laïque », explique Christian Renoux, son président, également président du Mouvement international pour la réconciliation (MIR), une association cuménique. « Les associations non chrétiennes reconnaissent que lengagement des associations chrétiennes sur ce sujet est sincère. Nous avons appris à travailler ensemble et cela fonctionne très bien. Tout le monde en tire de lénergie. »
"La non-violence est un travail déveil des consciences"
Au cours de ce Salon, la Famille franciscaine est venue présenter laction du cercle de silence de Toulouse, créé en octobre 2007 pour protester contre lenfermement des étrangers en situation irrégulière. « La non-violence est un travail déveil des consciences, ce nest pas une technique, a plaidé F. Alain Richard, franciscain. Il sagit dêtres humains qui essaient de séveiller eux-mêmes et déveiller leurs contemporains. »
Cette forme daction non-violente, qui rassemble plus de 200 personnes chaque mois, a essaimé : on compte aujourdhui 38 cercles de silence un peu partout en France. « Le cercle de silence a une grande force symbolique, il pointe vers un centre vide doù peut surgir une parole, a souligné F. Frédéric-Marie Le Méhauté. Face à une injustice qui dure, il installe une indignation qui dure, elle aussi. »
* Les "Cercle du Silence", Qu'est ce que c'est? Tract en Français, in English
Pour les chrétiens présents à ce 3e Salon des initiatives de paix, lengagement pour la justice et la paix rejoint le cur de la foi chrétienne. « Travailler pour le développement, cest ça lévangélisation, cest notre travail pastoral et notre témoignage », résume le P. Guy Vuillemin, missionnaire dAfrique et président de la branche française du réseau Foi et justice, une association qui fédère 72 instituts et congrégations religieuses, soit plus 30 000 religieux et religieuses en Europe.
« Ce que nous pouvons apporter par notre réseau en Afrique, ce sont des faits, des cas concrets, qui peuvent nourrir les actions de plaidoyer auprès des institutions de Bruxelles », explique-t-il. Pour ce religieux, le vieillissement des congrégations ne remet pas en cause leur engagement : « Malgré les difficultés internes des congrégations, le souci de lengagement pour la justice demeure, nos chapitres reviennent sans cesse sur ce thème, souligne-t il. Et les plus âgés y sensibilisent les plus jeunes. »
"La paix comme don de grâce et de responsabilité"
Après toute une vie passée en Afrique, le P. Vuillemin a une conviction : « Annoncer lÉvangile sans sintéresser au sort des hommes, cest une parole vaine. » Cette conviction, il la partage avec le P. Pierre Cibambo, prêtre du diocèse de Bukavu (RD-Congo) et responsable du secrétariat pour lAfrique de Caritas internationalis, présent quelques stands plus loin. « Pour les Pères de lÉglise, celui qui ne pratique pas la charité est un hérétique, insiste ce dernier. Il ne sagit pas de sapitoyer sur le sort des plus pauvres, mais de leur donner les moyens de se mettre debout et de marcher. »
Depuis le génocide au Rwanda et le conflit dans les Balkans au début des années 1990, la paix est devenu un axe prioritaire de laction de Caritas Internationalis. « Ce sont souvent les partenaires du Sud qui ont aidé les associations chrétiennes à prendre conscience de lenjeu de la paix, souligne Christian Renoux. En vingt ans, lengagement des associations chrétiennes pour la paix et la non-violence a beaucoup progressé. Cest devenu une évidence, ce qui était loin dêtre le cas il y a encore deux décennies. »
Malgré les progrès, il reste toutefois des hiérarchies ecclésiales à convaincre de la priorité de ce dossier et une base paroissiale souvent en retrait, juge Hansulrich Gerber, coordinateur de la décennie « Vaincre la violence » au Conseil cuménique des Églises (COE). « Notre travail, cest de prendre ce sujet qui reste encore à la périphérie des Églises pour le mettre en leur centre », explique ce pasteur mennonite.
À lextérieur des Églises, il faut là aussi convaincre : « La religion est souvent vue comme quelque chose qui incruste les animosités. Les Églises sont regardées comme des protagonistes des conflits, plus que comme des artisans de paix, témoigne Hansulrich Gerber. Il ne sagit pas que de préjugés, car lhistoire pèse lourd, mais beaucoup sous-estiment le potentiel de réconciliation, non seulement profond, mais uni au postulat religieux : la paix comme don de grâce et de responsabilité. »
Élodie MAUROT