LETTRE AUX AGADESSIENS
N°20 - Mai 2001

1. Editorial : La mission n'a pas d'âge.
2. Compte rendu du week end des 9 et 10 décembre 2000 (avec le P Jean Malavaud)
3. Le Malawi le 5 janvier 2001 par le Père Grimaudpont.
4. La République Démocratique du Congo par Sr Marie-Claude Berrod
5. Cambodge
6. Informations diverses

Editorial

Par François Greoffroy

La Mission n'a pas d'âge

Depuis notre dernière lettre de janvier, nous avons eu quatre réunions bien différentes. On n'oubliera pas notamment la dernière du mois d'avril avec le Père Michel Besse dont le sens de l'animation et l'enthousiasme communicatif nous ont permis de mieux saisir la joie qui habitait les Indiens du Paraguay, mais aussi les dures conditions d'un peuple avec lequel il a cheminé pendant cinq ans. Le compte rendu de cette intervention figurera dans le prochain numéro de notre "Lettre". Nous vous invitons dans ce présent numéro à revenir sur les rencontres concernant le Malawi, la République Démocratique du Congo et le Cambodge. Ces trois réunions nous ont donné l'occasion de croiser trois générations de missionnaires. Le Père Grimaudpont était déjà Père Blanc en Afrique au moment des indépendances dans les années soixante, alors que Vincent Sénéchal et le Père Besse n'étaient pas nés. Vincent sera ordonné prêtre au mois de juin prochain et rejoindra le Cambodge où il a déjà passé deux ans. On pensera à lui particulièrement car sa mission, dans un pays qui manque cruellement de prêtres et où les chrétiens sont très minoritaires, ne sera pas aisée.
Sœur Marie-Claude Berrod, d'une génération intermédiaire, a également expérimenté les difficultés de la mission, au Congo, dans un pays ravagé par la guerre. Revenue de ce pays à la fin de l'année dernière, nous avons tous été très accrochés par ce qu'elle nous a dit, simplement. TF1 avait d'ailleurs l'année dernière envoyé une équipe pour effectuer un reportage sur la communauté de Sœur Marie-Claude au Congo et qui fut diffusé dans le magasine "Reportages" sur cette même chaîne en octobre 2000. Avec comme titre "Les baroudeuses de Dieu", un titre particulièrement expressif qui collait bien à ce film que nous avons visionné au début de notre réunion et au témoignage "live" de Sœur Marie-Claude qui a suivi.

Bonne lecture et rendez-vous au 8 juin prochain avec le Père Antoine Guérin, qui de retour du Brésil a été appelé à diriger pour trois ans le Centre épiscopal France-Amérique Latine. "Un témoignage à ne pas manquer" nous a confié le Père Michel Besse.

François Geoffroy

 


COMPTE RENDU DU WEEK END DES 9 ET 10 DECEMBRE 2000


Chaque année, le Groupe Agadès se retrouve le temps d'un week-end à Mours dans une maison de retraite
mais aussi d'accueil des Pères Blancs pour réfléchir avec un intervenant sur un thème. Cette année, le thème retenu était "Chrétiens et responsables dans le monde d'aujourd'hui" et, sollicité, le Père Jean Malavaud.

Théologien moraliste réputé, le Père Malavaud est actuellement aumônier national des équipes "Vivre ensemble l'évangile", après, notamment, avoir été en mission au Niger pendant cinq ans. Nous proposons de reprendre ici ses deux conférences du samedi après-midi et du dimanche matin.

P. Jean Malavaud
RENCONTRE DU 9 DECEMBRE
DES TALENTS… VIVANTS OU ENFOUIS ?

Le Père Malavaud nous a proposé pour son premier exposé sa lecture sur la parabole des talents selon Saint Mathieu 25, 14-30.

Dans cette parabole, il y a quatre personnages : - le maître et trois serviteurs
Deux serviteurs bons et fidèles et un serviteur mauvais et paresseux.

Ce texte est reconnu toujours un peu choquant.

Que nous dit cette parabole aujourd'hui ?

- Les talents c'est de l'argent (1 talent = 1 journée de salaire)
- Il est choquant qu'il s'agisse d'argent
- L'important n'est pas dans la quantité des talents mais dans le "faire fructifier"; les talents ne sont pas donnés pour sommeiller, pour être gardés.
- L'important c'est le DON allié à la CONFIANCE du maître qui attend un intérêt.
- Le maître ne demande rien au départ
- "Donner à chacun selon ses capacités" n'est-ce pas discriminatoire ?
- Le maître a-t-il les capacités pour juger les serviteurs ?


Le Père Jean Malavaud nous expose le plan de l'évangile selon Saint Mathieu d'où est tirée cette parabole :

Titres de la Bible de Jérusalem

1 La naissance de Jésus, son enfance
2 Promulgation du Royaume des cieux
3 Prédication du Royaume des cieux (Jésus part et prêche)
4 Mystère du Royaume des cieux (c'est l'ensemble des paraboles où Jésus dit "le royaume des cieux est comparable … à une perle … pièce d'argent perdue…")
5 L'Eglise : prémisse du Royaume des cieux (Jésus institue son Eglise - aujourd'hui c'est une façon de vivre le Royaume des cieux)
6 L'avènement prochain du Royaume des cieux (c'est là que se situe la parabole des talents)
7 Passion, mort et résurrection de Jésus.

Cette parabole est la dernière du chapitre n° 6 suivie du texte du "jugement dernier". C'est donc une parabole qui parle de l'avènement prochain du Royaume des cieux (c'est à dire du jugement dernier) et il est important de la situer dans le temps d'enseignement de Jésus.

Dans cette parabole, le maître demande vraiment un travail : "je vous confie mon argent et je veux que cela rapporte".

Le nombre de talents reçus n'est pas vécu comme une injustice.
Chacun a des talents (différents), chacun vit est travaille avec ses talents, en fonction des divers appels. L'important c'est d'accueillir le nombre de talents que le Seigneur nous donne et de nous réjouir de ce don de Dieu.

Qu'a fait le troisième serviteur avec cet argent ?
Saint Matthieu : "je suis allé enfouir ton talent dans la terre"

Ce troisième serviteur, explique Jean Malavaud, a donc pris le DON de Dieu, l'a mis dans un linceul et l'a enterré. Il a considéré que le don de Dieu était quelque chose de MORT.

Ce troisième serviteur a bien reçu un don de Dieu (symbolisé par un talent) qu'il considère "mort" et la seule chose qu'il est capable de faire c'est de l'enterrer. Toutefois (et c'est cela qui est important) c'est que le maître revient : ce maître c'est JESUS, et que fait-il ce jour-là ? Il va déterrer son "mort" pour lui amener quand même et il lui dit : "j'ai eu peur"…

"Les autres serviteurs avaient des talents, poursuit le Père Malavaud, qu'ils ont fait fructifier. Puisque nous savons que ce maître c'est JESUS et nous savons aussi (par la parabole de Saint Marc) que ses serviteurs c'est NOUS, si aujourd'hui je me dis : Jésus distribue ses biens, confie sa fortune, s'agit-il d'argent ? Non bien entendu."

La fortune du Christ, les biens du Christ c'est : l'ANNONCE de l'EVANGILE, la PAROLE et l'AMOUR du PERE.
Je ne vous appelle plus serviteurs mais je vous appelle mes AMIS.
Le serviteur ne sait pas ce que pense le maître, mais MOI JE VOUS AI DIT TOUT ce que m'a donné le PERE.
Donc la fortune donnée par le Christ, au titre d'amis, c'est la connaissance du PERE et dans l'évangile de Saint Jean la Vie Eternelle c'est "qu'ils te connaissent TOI PERE".

Quand les apôtres sont envoyés en mission Jésus Christ les réunit et leur dit :
"Allez annoncer la Bonne Nouvelle"
"Allez faire connaître le Père"
"Allez guérir les malades"
"Allez chasser les esprits mauvais"

Que sont donc nos talents ?
Ils sont de l'ordre de la MISSION, précise Jean Malavaud, et non pas des talents naturels de bien faire (la cuisine, etc.). Si l'on dit "élever nos enfants" c'est bien mais à condition de leur transmettre la Bonne Nouvelle… de leur faire connaître l'Amour du PERE.

Par ailleurs, il faut revenir dans cette parabole sur le drame qui se joue : le "j'ai eu peur" du serviteur. Comment transformer le cœur de quelqu'un qui a peur ?
La conversion ne peut se faire que dans son propre cœur et le problème du Christ c'est de devoir lui dire : "je suis obligé de rentrer dans ton fonctionnement à toi… tu me juges dur et donc je suis dur."
Est-ce que le Christ est vraiment dur ? … Non affirme le Père Malavaud.
Jésus parlant de son propre cœur dit "je suis doux et humble de cœur". Voilà comment Jésus-Christ lui se définit. On peut donc dire que cette phrase-là (tu me juges dur et donc je suis dur) ce n'est pas vraiment le maître qui l'a dit mais c'est ce que le serviteur "entend". Il ne voit que ce maître dur et, dans son système de pensée, il ne peut recevoir qu'un châtiment : il va être démuni, on va lui enlever même son seul talent.

Si on parle en terme d'annonce de l'Evangile, de la connaissance du Père, de la Vie Eternelle, si nos talents c'est cela, celui qui dit que "le Christ est dur : quel évangile annonce-t-il ? Quelle connaissance du Père a-t-il ? Qu'est la Vie Eternelle pour lui ? N'est-ce pas un enfer ?"
Dire que Dieu est dur, qu'il moissonne là où il n'a pas semé ne peut que faire naître une peur qui le dépossède du Royaume des cieux, de la connaissance du Père et de la Vie Eternelle.

Mais celui qui a plein de talents, quelle notion de l'évangile a-t-il ? Quel désir de la mission a-t-il ? Quelle connaissance du Père a-t-il ?
Il a plein de talents et il va recevoir encore parce que l'Amour multiplie l'Amour et la connaissance du Père c'est quelque chose qui est sans fin, qui pousse vers l'éternité, et donc on comprend un peu mieux cette fin de la parabole.

Si j'ai peur, je ne peux pas connaître le Père, et si j'ai peur, je ne peux pas annoncer l'Evangile parce que ce n'est pas une bonne nouvelle pour moi.
Maintenant, si je n'ai pas peur, je peux faire fructifier le Royaume des cieux, je peux faire fructifier la Bonne Nouvelle et je peux faire fructifier la connaissance du Père et même en moi, cela fructifiera tout seul : je suis dans une spirale qui m'entraîne vers une connaissance du Père et alors que j'en ai déjà plein, j'en recevrai encore et je serai dans l'abondance.

En conclusion, le Père Malavaud nous interpelle : dans cette parabole, où est le Christ ?
Il est dans chaque être humain.
Le Christ, c'est chaque homme qui vient face à moi, chaque homme que Dieu m'envoie… après la relation au Christ il faudra que j'en fasse la translation dans chaque homme mais toujours en me demandant bien ce que c'est qu'un talent : ce n'est pas le savoir-faire mais la Bonne Nouvelle.

La peur ce n'est pas seulement un manque de confiance. C'est une dimension de la peur.
La peur n'est-elle pas naturelle ?
… j'ai peur de mon frère (car différent…) c'est naturel aussi parce que le mal est dans ma nature.
… mais, justement, le Christ ne nous mène t'il pas à combattre le mal qui est même dans la nature ?

La première chose qu'on fait quand on baptise un enfant, c'est qu'on l'exorcise pour lui enlever les esprits mauvais et le guérir. C'est un langage, une action liés au péché originel, à tout le phénomène du mal. Le mal existe, il est dans la nature humaine, présent au milieu de nous et notre travail de chrétiens c'est d'annoncer la Bonne Nouvelle qui est guérison de tous les maux… jusqu'au dernier mal qui est la mort.


RENCONTRE DU 10 DECEMBRE
REFLEXION SUR LA RESPONSABILITE DANS NOTRE SOCIETE

Dans son second exposé, le Père Malavaud a proposé de nous faire part de son regard sur la vie, avec en fil conducteur sa réflexion sur la responsabilité dans notre société. Il a tenu aussitôt à préciser qu'il ne s'agissait pas d'une analyse exhaustive, mais d'une suite de réflexions dans le but de nous faire réagir.

"A travers ces réflexions, je vais dénoncer un certain nombre de comportements habituels aujourd'hui sans dire s'ils sont normaux, bons ou mauvais, sans jugement de valeur", nous indiquera Jean Malavaud avant de nous livrer son propos, remarquablement ordonné et ne manquant pas de pertinence.

1. Un contexte socioculturel de dé-responsabilisation

1.1. La remise en cause de l'autorité des anciens

Elle résulte du déplacement de l'autorité : de la sagesse vers l'efficacité.

Causes :
- La domination des techniques de plus en plus spécialisées ; elles sont nécessairement mieux maîtrisées par les derniers formés et pas forcément par les plus expérimentés sur le terrain.
- On privilégie la performance et la nouveauté plutôt que la prudence et l'humanité.
- La domination de la rentabilité : la valeur première est le profit dégagé aux dépens de l'être humain (matérialisme sournois). L'être humain est pris en compte lorsque sa révolte ou ses réticences menacent le profit.

Exemples :
- On ne va pas volontiers chez un vieux médecin, ou dentiste, on préfère les jeunes qui connaissent mieux les techniques, mais on se rend compte qu'on a une médecine de paramètres qui relativise l'examen clinique, les paroles du malade, l'écoute du milieu (famille en particulier).
Beaucoup se plaignent aujourd'hui de ne plus avoir de médecin de famille, dont l'autorité ne s'appliquait pas qu'à la médecine.

Conséquences :
- L'allongement de la vie est perçu comme l'ouverture d'un nouveau marché :
tourisme du troisième âge
récupération des fonds de retraites par les maisons de personnes âgées luxueuses
utilisation des grands-parents comme baby-sitters
financement des jeunes sans emploi par les grands-parents

- Le manque de considération pour les anciens :
Il faudrait voir dans chaque profession comment sont traités les prédécesseurs. "En dehors des facultés de philosophie, quels égards a-t-on aujourd'hui pour les vieux" s'interroge Jean Malavaud. Rappelant qu'il a fait une école de commerce, il nous indique qu'il n'y a jamais de place pour eux dans la revue de l'école.

1.2. La remise en cause de l'autorité des adultes

De l'éducateur-nourricier vers le travailleur.
(Du service des générations à venir au service de la croissance).

Causes :
- L'allongement de la vie qui met en présence de façon contemporaine quatre générations.
- L'accroissement du rythme du progrès qui fait que personne ne peut dire quoi que ce soit sur ce que sera le monde dans dix ans.
- Une réduction de la personne à elle-même avec des racines :
· une idéologie à tendance capitaliste qui cherche à dégager des potentialités utiles (mettre les femmes au travail, rendre mobiles les individus, détacher les gens des impératifs familiaux, minimiser les valeurs religieuses quand elles font obstacle au tout-et-tout-de-suite) et à exclure les moins utiles (on préfère indemniser un handicapé, un sous-diplômé, un dépressif…) plutôt qu'intégrer, car c'est moins cher pour la société.
· il y a aussi une idéologie à tendance "internationale socialiste" qui voit l'individu comme une pièce du grand puzzle de l'Histoire et non comme une personne membre d'une famille humaine. C'est l'ouvrier travailleur à la chaîne, mais c'est la boîte d'intérim, ou la multinationale.

Faits :
- Dans l'affaire du sang contaminé, les ministres se sont dits "responsables, mais pas coupables". C'est à dire : nous travaillons dans une grosse machine, je suis responsable de mon travail au jour le jour, mais je ne suis pas coupable car rien ne dépend vraiment de moi.
- Même type de raisonnement pour chercher aujourd'hui le blanchiment des activités politiques illicites sous le seul prétexte qu'elles étaient généralisées et donc posées en système.

Conséquences :
- Les individus s'auto-déterminent sans projet de société (on peut reconnaître la cohabitation, le pacs, le couple homosexuel, car ils s'imposent comme un état de fait, mais on ne cherche plus à voir si les relations interpersonnelles ne sont pas une façon de fonder la société).

C'est une des premières choses que l'on examine en ethnologie : la forme des relations familiales. De là découle généralement toute la vie sociétale, l'adaptation d'une société à son environnement et sa survie dans des contextes donnés.
- La réflexion vaut donc aussi sur la durée du lien : divorce mais aussi sur la prise en considération de la vie de l'autre, c'est à dire la qualité du lien : euthanasie, avortement, peines criminelles (peine de mort).
· sur le plan économique : l'employé ne doit à son employeur que son travail.
de plus en plus, même si elles ont essayé de se protéger par des clauses de contrat, les entreprises ne peuvent rien contre un employé qui les quitte, et qui va à la concurrence (utilisant là-bas les acquis professionnels de l'entreprise).

Conséquences :
- Les parents ne se projettent plus dans leurs enfants :
il est vain aujourd'hui de bâtir une maison pour ses enfants ;
il est mal venu de tracer un avenir professionnel à son fils ;
on vit pour soi, pour une retraite libre, pour consommer des services (voyages) ou pour remplir une affectivité (ONG humanitaires qui utilisent les services des jeunes retraités).
- La réduction du temps de travail :
tout le monde sait que celui qui se sent responsable (de son artisanat, de sa création d'entreprise, de ses relations sociales…) fait du temps plein quoi qu'il arrive.
La réduction du temps de travail va dans le sens de la dé-responsabilisation, idem pour le temps partiel, qui présente un certain confort.
- La vie humaine est dite sans prix (on mettra à genoux un pays pour sauver un otage, cf. paiement de rançon par l'Allemagne lors de la prise d'otages aux Philippines, cf. la négociation de terroristes par la France contre ses otages au Liban).
Mais en même temps elle n'est plus une valeur en soi : la valeur de la vie est dans sa possibilité d'être donnée pour une cause (bien public, nation, foi, santé publique, cf. Matthew Lukwuya).

1.3. La remise en cause du statut de l'enfant

De l'être en devenir vers l'enfant-roi

Causes :
- Le petit nombre d'enfants dans nos sociétés,
- La moins grande fragilité de l'enfant (tous les enfants mis au monde parviendront à l'âge adulte),
- Le refus de changer de génération : je n'ai pas vieilli si je n'ai pas de bébé, mais des jeunes copains, cf. les mamans copines de leur fille.

il s'ensuit :
· la surévaluation de la place et du prix de l'enfant
· l'éveil précoce des enfants
· le marché économique nouveau qu'ils représentent

Faits :
- C'est l'enfant qui devient le décideur (cf. les publicités où le père et la mère hésitent entre plusieurs solutions et l'enfant indique ce qu'il faut faire, voir aussi les publicités où c'est l'enfant qui dicte sa préférence sur ce que doit acheter la grand-mère).
- Combien de personnes aujourd'hui vous disent ne pas orienter les choix de lectures, de cassettes, d'émissions télé, de musique, de leurs enfants : il faut qu'ils connaissent tout (comme des adultes) ;
c'est une forme de refus du temps de la formation, une relativisation des méthodes de formation (toutes les expériences se valent) ; une démission par rapport à la responsabilité d'éducateur.

Conséquences :
- L'enfant prend l'allure d'un adulte (vêtements, cf. affiche récente sur le salon du mariage).
- L'enfant choisit son éducation et ses éducateurs (il a essayé le cheval, mais il n'en voulait plus, alors je l'ai mis au piano, mais avec la victoire des Bleus il a voulu s'inscrire au foot).
- L'enfant fait des expériences, mais il ne se construit pas ; c'est l'adulte construit qui peut entrer dans des expériences et les juger.
- L'enfant choisit son milieu de vie (le juge demande à l'enfant s'il veut vivre avec son père ou bien avec sa mère. C'est à dire que l'enfant est réputé pouvoir trancher lequel de ses deux parents pourra lui donner les meilleures chances de devenir adulte :
on peut y lire une démission du juge, par manque de décision ; on peut y lire un manque de générosité des parents (cf. le jugement de Salomon) ; on peut y lire une supériorité de l'affectif sur l'éducatif.

1.4. Le modèle de l'adolescence

En conclusion de cette première partie, tous les points soulevés font converger vers l'adolescence, qui est proposée en modèle pour l'homme d'aujourd'hui. L'adolescent est un être qui n'est pas fini, il n'est plus un enfant car il a les potentialités de l'adulte, mais il n'est pas un adulte car il n'en a pas fait les choix.
Il est comparable à l'âne de Buridan, avant sa mort, mais l'adolescent est appelé à mourir, c'est sa vocation.
Il doit renaître en adulte, ou mourir vraiment (suicide, infertilité, incohérence, dispersion, vagabondage, rien qui ne construit le monde).


Des signes :
une société de papys en rollers,
des comités d'entreprises qui organisent des week-end à Disneyland
des lignes de prêt à porter réduites au tee-shirt et au bermuda
un niveau télévision "juste prix"
une littérature en français facile et pas trop intello
des arts modernes qui donnent dans le vite fait
une cohabitation juvénile répétée tout au long de la vie.


2. Des réponses (responsables) aux défis actuels

2.1. Des combats positifs dans lesquels l'Eglise s'engouffre

2.1.1. Les droits de l'homme

Jean-Paul II s'en est fait le champion. Il est à noter que cela ne lui a été reconnu par personne très officiellement en dehors de l'Eglise (pas de prix Nobel ou autre).

Avec les droits de l'homme vont les droits de la femme, les droits de l'enfant, les droits du handicapé. On en arrive au droit à la vie, au droit de choisir sa vie, au droit du refus de naître (cf. l'arrêt Perruche où une personne handicapée s'est vue reconnaître le droit par les tribunaux à des dommages du fait de sa naissance, car le diagnostic prénatal avait indiqué l'anomalie. Ici on dit qu'il y a faute médicale, mais pourquoi ne pas se retourner contre des parents qui ont décidé de choisir la vie malgré un même diagnostic ?)

2.1.2. Les défis humanitaires

Même si l'appellation organisme humanitaire est quelque chose de récent qui serait né avec Médecins sans Frontières, on sait bien que le travail des églises à travers le monde est celui-ci depuis longtemps. Le Père Malavaud oserait presque dire que l'humanitaire aujourd'hui c'est la prise de conscience par tous de la nécessité d'un travail que seules les églises faisaient jusque là.
C'est exactement le renouvellement de l'histoire des hôpitaux.
L'analyse que l'on peut en faire, c'est le transfert de responsabilité (ou de réponse) de la société religieuse à la société civile, sans chercher à se prononcer sur les causes qui peuvent être diversifiées selon les cas et les pays.
Mais on peut dire que l'Eglise a fait passer un message qui est de l'ordre des signes messianiques (les boiteux marchent, les sourds entendent, une année de bienfaits est annoncée aux pauvres). On peut citer ici la campagne pour l'abolition de la dette des pays les plus pauvres (cf. le Père Georges Riffault qui en est un des relais en France avec le réseau Foi et Justice).


2.1.3. Les défis du quart-monde

Là aussi, l'investissement de l'église traditionnellement a toujours été immense. Pour ne prendre que le cas de la France, de Saint-Vincent de Paul à l'Abbé Pierre, il y a eu tant de grandes figures. Et elles ne doivent pas cacher tous les petits qui ont travaillé dans l'ombre.
Comme pour les défis humanitaires, on pourrait rechercher quelles sont les racines de chaque œuvre, et dans notre société judéo-chrétienne, on verrait très vite que la source de l'inspiration est toujours l'évangile. A titre de preuve par le contraire, le Père Malavaud demande très rapidement quel tissu associatif ont mis en place des sociétés de type musulmanes ou liées aux religions orientales ?

2.1.4. Les combats contre les exclusions

Des réponses adéquates sont recherchées sinon données à toutes sortes de nouvelles mais aussi anciennes exclusions (les sans logis, dits aujourd'hui SDF, les femmes battues, les malades du SIDA qui autrefois étaient des pestiférés, les sans-papiers, les esclaves, les victimes des violences et des pillages aujourd'hui dans les banlieues).


Faute de temps, le Père Malavaud n'ayant pu développer la dernière sous-partie de son exposé, nous en livrons les grandes directions :

2.2. Des défis où on voit peu l'Eglise

2.2.1. Ethique générale

L'avortement et la bioéthique
La sexualité (homosexualité, hypersexualité, hyposexualité)
L'environnement (la pollution, le nucléaire)
La santé (vache folle et OGM)
L'inégalité nord-sud
Le délitement de la vie politique
Déviances comportementales

2.2.2. Ethique religieuse

La restauration des croyances
Le combat contre les sectes
La stratégie de l'Islam


2.2.3. Question chrétienne

Le martyr actuel
L'extension de la foi chrétienne (la Mission en pays non chrétien)
La catéchèse (cœur de Jésus, Trinité, Salut)
La participation à la vie politique des chrétiens

Propos recueillis par François Geoffroy


Afin de poursuivre la réflexion sur le thème choisi pour notre week-end, nous reproduisons ci-après un article de Tony Anatrella, prêtre et psychanalyste, publié dans le "Figaro" du 21 mars 2001.


 

LE MALAWI par le Père Grimaudpont P.B.
Le 5 Janvier 2001.


Un pays presque inconnu

Ce territoire de l'Afrique australe est enclavé entre la Zambie, la Tanzanie et le Mozambique. Son passé précolonial reste mystérieux. Toutefois les Portugais, venus à partir du XVème siècle, parlaient d'un "royaume du Maravi". Les missionnaires portugais se sont vu attribuer par le Vatican toute la région entre l'Angola et le Mozambique. En fait, le pays fut surtout connu de l'Europe au milieu du XIXème siècle, grâce au Docteur Livingstone, missionnaire et explorateur britannique. Venant d'Afrique du Sud et remontant vers le nord par le Zambèze et le Shire, il atteignit un grand lac, véritable mer intérieure. Il le baptisa Nyassa (ce qui signifiait tout simplement "lac" dans la langue locale), le pays devenant le Nyassaland. Dans ce pays -qui fut durant des siècles ravagé par les esclavagistes- l'autorité fut longtemps disputée entre Portugais et Britanniques. Ainsi c'est le roi Ferdinand du Portugal qui, en 1898, autorisa l'installation des Pères Blancs. Finalement, le Nyassaland devint un protectorat britannique. De 1914 à 1918, il se trouva même en guerre avec l'Allemagne qui dominait alors le Tanganyika (aujourd'hui la Tanzanie).

Une économie agricole et un réservoir de main d'œuvre

Le Malawi s'étend sur quelque 118 000 km², l'équivalent en superficie du Bénélux et de la Suisse. Le lac Nyassa, qui se trouve à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, en occupe près du quart (22 000 km²). Le climat est relativement tempéré, sauf dans quelques régions. Il existe bien des richesses minières (charbon, uranium et même une mine d'or) mais elles sont difficilement exploitables en raison de l'éloignement de la mer. Les ressources sont essentiellement agricoles : thé, café, sucre, arachide, maïs. Il s'y ajoute l'élevage (vaches, moutons, chèvres) et la pêche. En réalité, le Malawi fut surtout un réservoir de main d'œuvre. En 1950, 80% de la population masculine s'expatriait vers les deux Rhodésies, l'Afrique du Sud voire le Zaïre alors que le Nyassaland s'appauvrissait. L'administration britannique recevait même une somme d'argent pour chaque travailleur envoyé dans les mines ou dans les industries des Rhodésies ou de l'Afrique du Sud. On retrouve même plusieurs Malawites parmi les responsables politiques des Etats voisins : ainsi le père de l'ex?président Kabila.


L'indépendance du Malawi et le régime du Docteur Banda

On se doit de citer le docteur Hastings Kamuzu Banda. Il quitta le Nyassaland en 1904 pour l'Afrique du Sud puis l'Amérique où il acquit des diplômes en histoire et en médecine. Il s'installa en Grande-Bretagne comme médecin. Des compatriotes partisans de l'indépendance du Nyassaland vinrent l'y chercher. Il prit la direction d'un parti d'opposition qui deviendra le "Malawi congress party". En mars 1960, le gouverneur déclara l'état d'urgence et fit arrêter les chefs de l'opposition. La population prit parti pour celle-ci. L'Armée tira sur la foule. L'émotion suscitée par ces événements dramatiques imposa des pourparlers. Les Britanniques tentèrent de créer une fédération des deux Rhodésies et du Nyassaland, mais cette formule fut rejetée par les indépendantistes. Finalement, Banda fut nommé Premier ministre et, en 1964, l'indépendance du Malawi fut reconnue.
Le Docteur Banda mit alors en place un système politique autoritaire qui, du moins, assura, outre une certaine stabilité, un commencement de développement de l'économie, celle-ci demeurant toutefois axée sur l'agriculture. Le régime était fondé sur la toute-puissance d'un parti unique solidement tenu en main par le "Président à vie". Banda s'appliqua notamment à unifier le pays à tous égards - ainsi en matière d'enseignement où la population du sud paraît moins attirée par les études que celle du nord. Tout en reconnaissant les aspects positifs de l'action gouvernementale, les autorités catholiques puis protestantes furent amenées à formuler certaines critiques. En 1994, Banda, qui avait accepté des élections, se vit désavoué par les électeurs. Malheureusement, le nouveau gouvernement n'a pas réussi à gérer de façon satisfaisante l'économie et l'enseignement, par exemple.

Une mosaïque de religions

La population doit compter une dizaine de millions d'habitants. Plus de la moitié de ceux-ci sont chrétiens, les autres animistes (il existe aussi des sectes) ou musulmans. A noter que les Musulmans s'appliquent à multiplier écoles coraniques et mosquées.
Les autorités catholiques ont créé sept diocèses. Elles entendent enraciner une église locale. Les catholiques, comme les protestants, ont ouvert des établissements scolaires. Ils entretiennent aujourd'hui de bons rapports. Ils ont entrepris ensemble une nouvelle traduction de la Bible. On trouve dans le même village voire dans la même famille des catholiques et des protestants. Dans le cas des mariages mixtes, on n'oblige pas le conjoint de l'autre religion à se convertir.

Situation culturelle

L'anglais est la langue officielle. On compte également neuf autres langues. Les Malawites semblent d'ailleurs doués pour l'apprentissage des langues.

Il existe une université à Zomba, ainsi qu'une école spéciale près de Kasungu. Nombre d'étudiants vont en Grande-Bretagne en Allemagne, en France, en Inde - et ne rentrent pas, alors qu'ils pourraient aider au développement du Malawi.
A signaler l'action du Père Claude Boucher. Installé au sud du lac, il s'est consacré à l'étude des coutumes et de l'art (peinture, sculpture, masques…) du pays, ainsi qu'à l'histoire des missions protestantes et catholiques. Les séminaristes effectuent des stages dans l'établissement qu'il a créé.

Problèmes de santé et de société

L'attrait des villes est grand pour les jeunes - d'où le nombre des "enfants des rues". Pour lutter contre la malnutrition, des religieuses ont imaginé un composé d'arachide, de maïs et de fèves, qui est désormais commercialisé.

La deuxième indépendance s'est traduite aussi par une libération des mœurs. Les autorités, qui affectaient de croire que le préservatif allait résoudre le problème, doivent constater les ravages du SIDA : toute une tranche d'âge se trouve frappée. Catholiques et protestants créent des associations pour aider et soigner les malades, et assurer une éducation sexuelle.

Pour notre part, nous conclurons que cette conférence nous a donné envie d'aller découvrir ce pays de lacs et de montagnes dont personne ne parle mais qui paraît si attachant par sa population et par sa situation au cœur de l'Afrique.


Compte-rendu fait par Claire FRANÇOIS



La République Démocratique du Congo
2 février 2001
par Soeur Marie-Claude Berrod


Agadès est au cœur de l'actualité en accueillant Sœur Marie-Claude Berrod qui a passé 30 années en République Démocratique du Congo (RDC) et n'est rentrée en France que depuis décembre dernier.
Après avoir regardé un reportage qui lui était consacré, elle nous a présenté le pays, puis nous a expliqué les évènements qui s'y déroulent depuis plusieurs années.

Marie-Claude Berrod

La République Démocratique du Congo (appelée Zaïre entre 1971 et 1997) est le troisième plus vaste pays d'Afrique, elle s'étend sur
2 345 000 km², soit quatre fois et demi la France (en comparaison, le Rwanda voisin a une superficie égale à celle de la Belgique). Elle est délimitée par de nombreux pays : Congo Brazzaville, République Centrafricaine, Soudan, Ouganda, Rwanda, Burundi, Tanzanie, Zambie et Angola.
La population est estimée à 50 millions d'habitants, dont près de 5 millions vivent dans la capitale Kinshasa. Les autres villes principales sont Lubumbashi, Kisangani et Mbandaka. Sœur Marie-Claude Berrod a vécu dans la région des Grands Lacs, à l'est du pays, dans la ville de Bukavu, distante de 2 000 km de la capitale. Elle nous explique que l'immensité du territoire pose des problèmes de communication et de transport, en conséquence son témoignage concerne la région de Bukavu.
La population est composée de plus de 500 ethnies inégalement réparties (au Rwanda, il y a 2 ethnies principales). La langue officielle est le français, mais quatre langues sont parlées couramment : le lingala, le kiswahili, le tshiluba, et le kikongo.
Le Congo reste à majorité rural, malgré l'afflux de la population vers les villes. L'agriculture (manioc, maïs, banane plantin) est dominante, mais malgré l'immensité du territoire, le pays ne couvre pas ses besoins alimentaires.

La RDC a un potentiel extraordinaire. C'est un des pays africain les plus riches en réserves minières : or, diamants, cuivre, uranium, cobalt, etc. Mais ces ressources sont pillées par les pays voisins. Le bassin du fleuve Congo qui unifie tout le pays, le domaine forestier, la diversité climatique : tout y est immense. Une légende raconte d'ailleurs que quand Dieu a fini de créer le monde, il a mis toutes les richesses qui lui restaient dans le Congo.

Le pays est une colonie belge jusqu'au 30 juin 1960 où il accède à l'indépendance. Mobutu s'empare du pouvoir lors d'un coup d'état en 1965 : il inaugure une ère de relative stabilité et de construction du pays. Mobutu a essayé de faire de cet immense pays et de la diversité de sa population une seule nation, dépassant les aspects ethniques, il a su donner un sens à la fierté d'être Zaïrois / Congolais.
Cependant à partir de 1970 il dirige le pays sans partage avec son parti unique, le MPR (Mouvement Populaire de la Révolution).

En 1990, une opposition grandissante contraint Mobutu à réagir. En 1991 il convoque une conférence nationale qui mobilise le peuple qui met un grand espoir dans ce projet de construction du pays, d'union et de punition des abus. Mobutu empêche toutefois ce processus de réformes d'aboutir.

En 1994, la région des Grands Lacs a subi de grands bouleversements avec le début du génocide Rwandais. Plus d'un million de réfugiés Tutsis (en avril), puis Hutus (en juillet) fuyant les massacres ont envahi le pays, ne sachant où aller. La paroisse de Sœur Marie-Claude Berrod a accueilli plus de 15 000 réfugiés à qui il a été distribué l'aide internationale durant 4 mois. Une vue d'ensemble de la situation était impossible, les informations diffusées à la radio étant intoxiquées et incitant au massacre. Les congolais se sont montrés admirables en accueillant tous les réfugiés et en partageant le peu qu'ils avaient.

En 1997, les troupes rebelles menées par Laurent-Désiré Kabila contraignent Mobutu à abandonner le pouvoir. Ces rebelles, soutenus par le pouvoir rwandais, traversent l'ensemble du Congo en quelques mois et s'attirent la sympathie de la population, Kabila étant perçu comme le sauveur qui libérerait de la dictature. Cependant son alliance avec le Rwanda est mal perçue par la population.
La ville de Bukavu a beaucoup souffert pendant cette période, en une seule journée il y a eu plus de 3 000 morts, dont l'évêque qui incitait les habitants à rester calme et les rassurait.

A l'heure actuelle, il y a une grande humiliation de voir le Congo dépecé, à la dérive ; de voir tant de possibilités et de capacités gâchées par la guerre, 45 à 50 % du pays étant occupé par les armées rwandaise, ougandaise et burundaise.

Sœur Marie-Claude Berrod nous fait ensuite part de la détresse de la population qui ne peut plus cultiver ses terres à cause de la guerre. Les quelques denrées qui sont produites sont aussitôt exportées vers le Rwanda. Les services de santé se sont dégradés, les enfants meurent des conséquences de la guerre, et les salaires ne sont plus versés depuis maintenant 8 ans.

Cependant, elle nous parle d'un aspect positif de cette guerre qui a permis d'unir tous ceux qui sont au service du peuple, en effet des groupes d'échange entre les différentes églises et la société civile (associations) se sont montés pour essayer de lutter contre la désinformation.

Sœur Marie-Claude nous apprend ensuite qu'il y a une volonté politique de faire disparaître les paroisses et les communautés qui soutiennent la population et peuvent faire l'unité. L'Eglise est persécutée, plus de 25 prêtres ont été assassinés, car elle représente une force de résistance et d'appui de la population. La nuit, les prêtres et les religieuses sont obligés de se cacher dans des familles.

Sœur Marie-Claude nous explique la difficulté de l'objectivité dans une telle situation, car on prend toujours fait et cause pour le peuple avec lequel on vit. Un passage au Rwanda lui a permis de voir l'autre face du conflit et de se sentir solidaire de toute la souffrance de ces peuples frères.
Elle nous parle du témoignage de l'Eglise qui se donne à deux niveaux : "tout homme est mon frère, on dénonce le mal et on est prêt à donner sa vie pour ça" (assassinat de prêtres et de religieuses). Toute la force de la parole de Dieu qui est méditée et partagée chaque jour dans les communautés et par la population ressort en deux dimensions : la non-violence et le combat pour la justice et la vérité.

Elle dit avoir été transformée par cette expérience, par les moments de souffrance et d'angoisse vécus avec la population. Cette communion à la souffrance est, pour elle, une grande partie de la mission d'aujourd'hui, qui est une mission de fraternité.

Sœur Marie-Claude Berrod achève son intervention en nous affirmant que le Congo de demain sera fort, car un nouveau peuple est en train de se lever, à travers cette souffrance, par la Croix, et par la transformation qui se fait avec cette souffrance.




CAMBODGE

Le thème de la réunion du 2 mars 2001 nous a amené dans un pays que la France a bien connu il y a plusieurs décennies puisqu'elle y avait établi un protectorat : je veux parler du Cambodge.
La présentation du pays a été brillamment exposée par Vincent Sénéchal, jeune séminariste des Missions Etrangères de Paris (MEP), actuellement diacre.

Culture et société

Il faut situer le peuple cambodgien dans son contexte spatial et historique.
Enclavé dans ce qu'on nomme à raison la péninsule indochinoise, le Cambodge qui s'enclave entre Inde et Chine constitue un peuple particulier même si ses origines culturelles sont indiennes (et non pas chinoises). C'est l'Asie "brune".
C'est un peuple très homogène puisqu'il ne comporte qu'une dizaine d'ethnies (contrairement au Vietnam qui en possède 54) dont la majoritaire se nomme khmère (90% des Cambodgiens).
La culture khmère, du fait d'un climat adapté, est majoritairement rurale (85%) avec la pêche et la riziculture (aussi les palmiers à sucre). Du fait de la mousson et de l'abondance de l'eau, les khmers ont un habitat sur pilotis.
La cellule de base dans la société cambodgienne est la famille. Il faut entendre famille au sens strict, c'est-à-dire proche (pas au sens large comme en Afrique). Cependant, les relations dans la société restent enracinées dans le respect de la tradition hiérarchique : ainsi on s'appelle selon des relations "familiales" : petit frère, grand frère, oncle, tante, grand-père ou grand-mère… Les femmes ont en moyenne 5½ enfants. C'est le seul pays au monde où l'espérance de vie des femmes est inférieur à celle des hommes (sida, maltraitance…). L'espérance de vie globale est de 52 ans. Le revenu moyen par habitant s'élève à 1 990 Frs/an, ce qui constitue un des pays les plus pauvres du monde. Tout le monde s'accorde à dire que le peuple Cambodgien est très accueillant : "C'est le peuple du sourire" !

Histoire

Mais avant le Cambodge d'aujourd'hui, il y avait le "Grand Cambodge". En effet, l'apogée khmère qui se situe entre le 9è et le 15è siècle avait un grand rayonnement. Elle était gouvernée par la dynastie des rois d'Angkor, qui firent construire de très grand sanctuaires : les temples d'Angkor-Vat.
Pendant cette glorieuse période, des querelles existaient cependant à la Cour du Roi. Afin d'avoir plus de poids, les uns cherchaient un appui auprès des Vietnamiens, les autres auprès de la Thaïlande, les autres encore auprès du Laos. Il en résulte des guerres qui ont eu comme effet de réduire l'espace territorial khmer au profit de ses voisins (par exemple, l'ex-Annam et ex-Tonkin étaient cambodgiens à l'origine, de l'ethnie tiam).

L'arrivée de la colonisation française a eu l'effet bénéfique de geler cette restriction des terres. Les Cambodgiens en sont d'ailleurs reconnaissants encore aujourd'hui. Cette période française a beaucoup apporté au Cambodge en matière d'infrastructure, de développement, d'enseignement… Mais la Première Guerre d'Indochine a fait partir les troupes française en 1954, faisant se retrouver le Cambodge face à lui-même. C'est à ce moment là que les khmers rouges, influencés par les communistes vietnamiens pendant la Guerre du Vietnam (les Vietcongs), prennent de l'importance.

Le retour à la monarchie s'est vu renversé par un coup d'Etat en 1970 par le général pro-américain Lon-Nol. Ce régime très corrompu est à son tour renversé par les khmers rouges qui ont pris de l'importance pendant ce temps-là.
C'est le 17 avril 1975 que ces derniers ont fait leur entrée dans Phnom Penh et ont procédé à son évacuation (soit 17 jours après la chute de Saigon). L'exode forcé de la population était organisé. Découpée en 4 zones, la capitale s'est vue vidée dans les 4 directions géographiques. Les familles ont été déchirées.
La volonté khmère rouge s'appuie sur un retour à l'identité khmère pure, c'est-à-dire un retour à la terre et une élimination de toute forme d'érudition (médecins, enseignants, juges…) et de tous les Vietnamiens présents sur le sol Cambodgien. Pol Pot, le "frère numéro 1" ou le "khmer originel" a appelé "année zéro" l'année 1975.
Pol Pot avait fait des prévisions : il avait dit qu'en 1 an on arriverait à un tel niveau de récolte, à force de travail. Or, il n'y en a eu qu'un tiers. Pol Pot a donc dit : "Il y a des traîtres à la Révolution : ils doivent disparaître" ! Y compris chez les révolutionnaires.
Ainsi, la population du Cambodge est passée de 7 millions d'habitants en 1975 à 5 millions d'habitants en 1979 : l'idéologie communiste révolutionnaire a fait 2 millions de morts en "3 ans 8 mois 20 jours" !
Par ailleurs, pendant toute cette période les relations traditionnelles dans la société ont été éradiquées : ils s'appelaient désormais "camarades".
Le Cambodge est sorti très affaibli de cette guerre civile quand les Vietnamiens l'ont envahi en décembre 1978. Les khmers rouges ont été écartés du pouvoir au profit d'un communisme "plus doux" à la vietnamienne. Ils se sont dispersés, fondus dans la masse, reconvertis à un métier mais sont en fait toujours présents. D'ailleurs il y a encore quelques guérillas (notamment dans le Nord-Ouest, dans la région de Battambang et le long de la frontière thaïlandaise).
Quand on pose aujourd'hui la question d'un tribunal international de crime contre l'humanité à un Cambodgien, il répond "Cette épreuve a été la nôtre, de quoi vous mêlez-vous ? A quoi bon raviver ce passé douloureux ?" Cette souffrance d'un peuple, c'est vrai, a été un auto-génocide.
En 1989, les Vietnamiens quittent le Cambodge et en 1991 les Accords de Paris mettent officiellement fin à la guerre civile. Des élections sont organisées et le retour du roi Norodom Sihanouk sur le trône en 1993 favorise un régime communiste souple.
Cependant, les khmers ont aujourd'hui à faire face à un problème majeur dans la société : l'absence d'une élite (médecins, enseignants, juges…) d'où une société très corrompue. Une société sans repères, très désordonnée (prostitution…).

Par ailleurs entre 1979 et aujourd'hui la population s'est vue plus que doubler, atteignant 11½ millions d'habitants. Tout le monde s'accorde à dire que la seule chance du Cambodge à s'en sortir tient sur ce fait. "L'avenir, c'est les jeunes". C'est ce à quoi s'emploient de très nombreuses ONG sur le terrain (formation, entraide…)

Religion

La religion d'un cambodgien est la religion khmère ! Car leur culture englobe tout à la fois, y compris la religion. Concrètement, nous autres, nous dirions qu'ils sont bouddhistes, ils croient en Bouddha et aux cycles de réincarnation lié aux karmas des individus. Ce cycle, qui a pour but d'être rompu afin d'atteindre le Nirvana, passe par le monde du bas : la Terre, le monde du haut : le Ciel. Moins nous sommes esclaves des bassesses de ce monde et plus notre karma est meilleur plus nous accumulons des mérites : on passe ainsi de l'animal, à la femme, à l'homme, au bonze…
Le christianisme a été introduit au Cambodge il y a 450 ans, en 1550. La pénétration de cette religion a rencontré de nombreux obstacles et n'a jamais réussi à "prendre" réellement. (Mais c'est sans parler de la situation actuelle.)
Un des problèmes est lié au vocabulaire chrétien difficilement transposable en khmer, par exemple il n'existe pas de mot khmer qui dirait le Ciel dans le sens chrétien : Ciel pour les bouddhistes désigne l'endroit entre la Terre et le Nirvana. Mais le faible nombre de conversions tient davantage du fait que chez les khmers (et l'Asie en générale) la religion est une part intégrante de la vie sociale, indissociable de la vie de tout les jours. Et changer de religion, ce serait alors changer de culture, presque renier son identité khmère ! Mais beaucoup de fidèles bouddhistes ne connaissent pas les préceptes de la religion et ne font que respecter les rites sans les comprendre, ce qui favorise les conversions.

En 1965, on comptait 8 prêtres pour 65.000 chrétiens (dont 60.000 Vietnamiens, 4000 Cambodgiens et 1000 Chinois/Français). En 1991, après le génocide, il y en restait 10.000. Aujourd'hui il y a 25 prêtres (dont 1 Cambodgien). Il y a seulement 2 églises/paroisses à Phnom Penh.
Les Vietnamiens ont toujours été plus sensibles au message des chrétiens. D'ailleurs, dans le cadre de la rivalité ancestrale entre les Vietnamiens et les Cambodgiens, on a lu sur des murs les inscriptions "A bas les Vie†namiens".
Mais aujourd'hui l'Eglise missionnaire prend une part importante dans la reconstruction du pays, et c'est de cette manière que leur message semble être le mieux compris. Son action se concentre autour de trois pôles : Entraide, Liturgie, Catéchèse. Le fruit de ce travail est beau : 700 catéchumènes, pour la plupart khmers.
En 1997, la première bible en khmer est imprimée. Grâce à un gros travail œcuménique effectué conjointement par des protestants et des catholiques (Père François Ponchaud, MEP).

Compte-rendu fait par Olivier



INFORMATIONS DIVERSES


Nous avons le plaisir de vous faire part du mariage d'Aurélie Sénéchal -présente aux premières heures du groupe Agadès et qui l'a quitté il y a quelques années pour faire carrière dans un groupe hôtelier à Majorque- avec Aniceto Monreal Sancho, un médecin espagnol. Le mariage civil a été célébré le 20 avril dernier à Saragosse, le mariage religieux aura lieu le samedi 1er septembre 2001 à 10 h 30 en l'église Saint Léon (1 place du Cardinal Amette, Paris Xve).
Celles et ceux qui ont connu Aurélie sont cordialement invités. A noter que le mariage sera concélébré par le Père Patrick Bataille, Père Blanc, oncle d'Aurélie.

La chorale "Les voix de Notre-Dame de la Gare" (dont certains Agadessiens font ou ont fait partie) vous invitent à leur concert le mercredi 6 juin 2001 à 20 h 30 en l'église Notre-Dame de la Gare à Paris XIIIe, Métro Nationale. Entrée libre.
Vous êtes cordialement invités à venir les écouter !

Nous vous rappelons que nous clôturerons l'année par un dîner festif le vendredi 29 juin 2001.
Ce sera l'occasion de revoir avec plaisir certains des intervenants qui nous ont accompagnés tout au long de cette année et que nous avons invités.

Le Père Bernard Lefebvre, notre ancien accompagnateur, depuis septembre 2000 en charge de la paroisse Notre-Dame d'Afrique à Alger, adresse son plus cordial souvenir à l'ensemble du groupe Agadès et l'assure de sa prière fraternelle.
Basilique Notre-Dame d'Afrique - 3 avenue Ali Ourak - 16021 ALGER ALI OURAK - ALGERIE, tél : 00 213 262 31 67.
E-mail: lefebvredz@yahoo.fr

Sœur Geneviève Grenon, qui a précédé sœur Geneviève Delucenay comme accompagnatrice du groupe Agadès, de retour du Burkina Faso et après un long séjour de convalescence et de repos à la maison des Sœurs Blanches de Sceaux, a été nommée dans la communauté des Sœurs Blanches du 5 rue de la Mouzaïa - 75019 PARIS,
tél : 01 42 45 45 49

 

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